
Nous avons enfin quitte Phnom Penh apres une premiere tentative avortee pour cause de fermeture eclair deraillee. Je vous passe le details de la reparation, ca oscillait entre le comique et le desepoir!!! Le grondement citadin incessant a cede place a de jolis paysages verdoyants. Que c etait agreable cette tranquilite sur la petite route de Kampot. Peu de voiture et plein de sourires, un vrai bonheur.Comble de notre joie, la mer se dessinait au loin laissant presager quelques baignades ensoleillees.
Mais ces etapes nous rapprochaient egalement d une idee qui nous trottait dans la tete sans que nous sachions pour autant comment la faire vivre. La vie est parsemee de rencontres et celles que nous avons faites pendant ce voyage ce sont revellees particulierement genereuses. Touches par tant de generosite, nous voulions a notre tour offir un peu de notre temps a qui en aurait besoin. Oui mais comment? Les ONG regorgaient de volontaires, ou n etaient pas interessees. La barriere de la langue s imissait regulierement et puis quoi faire? Peindre, jouer, soigner, construire, imposer, planter, recolter, donner, respecter? Toutes les hypotheses se melaient dans nos esprits cherchant desesperement celle qui nous correspondait.
C est le hasard d une rencontre, encore une, qui nous a interpelle guidant ainsi notre reflexion. Lili est francaise et tient un magasin de perles a Kampot. Touchee par le sort des enfants orphelins, elle en parraine quatre a l ASPECA de Kep, 25 Km plus a l Est. Elle nous a propose de visiter le centre le lendemain pour que nous puissions apprehender les eventuels besoins. Le rendez vous est fixe, 100 tubes de dentifrices ainsi que 100 brosses a dent se sont ajoutes a nos bagages histoire de ne pas venir les mains vides.
Kep, c est une petite station balneaire. Cree par les francais dans les annees 60, elle se reveille doucement apres le passage des Kmers Rouges qui ne quitterent la region qu en 1998 !!! Aujourd hui la vegetation tente de cacher la desolation d un horrible passe tandis que les Guest Houses poussent comme des champignons.
L orpholinat se trouve a deux pas de la mer. 97 enfants vivent ici repartis en 8 maisons avec 8 mamans. C est propre, vert, calme, acceuilant. Nous nous attendions a un centre lugubre, la realite respire la joie de vivre meme si le quotidien n est peut etre pas toujours evident. Qu est ce que nous pouvions bien faire d utile, plaisant, en un mois, avec un petit budget?
De la confiture! Non, non, nous avions ni fume, ni bu, c etait belle et bien notre idee! Originale sans doute mais bon...on ne se refait pas! C est certain, nous n allions pas revolutionner le pays avec ca mais nousa n en avions pas vraiment l intention. Imaginez, de la bonne confiture mangue/ banane servie au p'tit dej des guest house avec la possibilite d acheter des pots comme souvenir. Tout le monde y trouvait son compte. Les enfants avaient la un moyen de gagner un peu de sous, pour ameliorer leur quotidien, tout en s initiant a la compta et aux contraintes d un petit buiseness. Les hotels, la possibilite de servir de la VRAIE confiture et les clients l opportunite de ramener quelques saveurs de leur vacances.
Lili trouvait ca realisable, ne restait plus qu a reflechir a TOUTES les contraintes. Trois jours de reflexion pour se heurter a un probleme de taille : pas de pot en verre... ni ici ni ailleurs. Fautes de contenants sterilisables nous abandonnons l idee a regres. Et puis un mois, la fin de la saison touristique, c etait bien court pour que ca marche. A la fois decus et soulages, nous sommes alles voir la mer, esperant trouver un peu de reconfort dans cette eau douce et chaude des tropiques. Elle etait pleine de Meduses!!!
C est pas possible les astres ont du se passer le mot pour etre aussi desagreables. Sept mois a se raper la peau du cul pour se retrouver assigne sur la plage!
Malheureusement,faute d autres idees convaincantes pour notre projet, nous avons repris la route du Vietnam. Il y aura peut etre une autre opportunite, ailleurs, autrement. Dernier repas cambodgien, dernier echange... en francais. Un monsieur assis a notre table exprimait sa fierte de pouvoir enfin apprendre. Apprendre sans crainte d etre tue. "Monsieur Pol Pot est parti, alors je peux avoir la culture aujourd hui". Nous garderons longtemps en memoire cette phrase, ce regard.
Comment qualifier le passage de la frontiere? Ultra cool. Jamais vu ca. Les douniers roupillaient dans leur hamac cote cambodgien et cote vietnamien c etait l heure du casse croute : "C est bon, c est bon, allez-y". Passeport? "No no".
La ligne qui separait les deux pays a suffit a faire du chapeau conique un accessoire tres populaire. C est toujours aussi incroyable de constater que ce qui etait rare deux kilometres plus tot, se portait a foison plus loin. Mais ce n est qu un exemple. En realite tout etait vraiment different. La mentalite, la politique, la cuisine, les hotels, les paysages, les contraintes. Premiere surprise, les passeports. Confisques a l arrivee a l hotel, rendu au depart. Encore un pays des droits de l homme!!!!
Premiere victime de la politique dictatoriale, l education. Et oui, c est la base, pour faire ce que l on veut d un peuple, il ne faut surtout pas qu il pense. Ce n est pas sans une certaine tristesse que nous avons decouvert que ca marchait.
Nous ne nous attendions pas a ce que la vue du mot hotel en vietnamien pose autant de problemes. Quand a l explication de la duree de notre sejour, elle s est apparente a un sketch dramato-comique! Il y avait ecrit dans notre livre de conversation, en vietnamien evidement, :" Je voudrais rester...nuits". Associe au chiffre deux, on trouvait ca clair. Apparement, non. le gerant nous a fait un long discours avec plein de signes pour finir par nous designer que le lit avait deux places. Ca d accord, on s en etait appercue. Deuxieme tentative. Cette fois la reponse fut la demonstration du prix pour deux personne. Bon... on a tente une troisieme en desespoir de cause, il nous a montre une chambre a deux lits. Rester zen, surtout rester zen. Quatrieme tentative, on ne sais jamais....oh miracle, qu est ce qu il y avait la sur le mur, un calendrier! Il a compris mais du coup s est lance dans l explication du prix d une chambre a un seul grand lit pour deux personnes et deux nuits...
Je vous assure que ca a un petit cote exasperant a la longue...sans compter le fait qu il est revoltant d assiter a une telle alienation.
Mais passons sur ce malheureux constat pour evoquer de bien plus agreables aspects de ce pays. La mer. Cette fois elle etait presque belle et surtout sans ces petites bestioles transparentes. Premiere baignade qui a signe le debut d une longue serie. Et puis comment passer outre l adorable gentillesse de cette population. Une chaise pour se reposer,apportee au bord de la route, un repas servit delicatement, un mangoustan bien mur tendu au milieu de la circulation et que dire ce the, offert alors que nous etions assis la occupe a vous ecrire. Et si par le plus grand des hasards ils parlent trois mots d anglais, ils ne manquent jamais d en savoir plus:
" me, made in VIETNAM ....you?"
" Moi, made in France, Le col du Vorger!" |